Le terme « déplacement du sacrum » recouvre des réalités biomécaniques distinctes : subluxation sacro-iliaque vraie, dysfonction rotatoire du sacrum (torsion, nutation/contre-nutation excessive) ou instabilité post-traumatique. Selon l’étiologie, l’arbre décisionnel entre infiltration sacro-iliaque, dénervation et arthrodèse diverge radicalement. Nous détaillons ici les critères qui orientent la prise en charge interventionnelle.
Dysfonction sacro-iliaque et instabilité structurale : deux tableaux, deux prises en charge
La confusion entre dysfonction fonctionnelle et instabilité structurale du sacrum est la première source d’erreur thérapeutique. Une dysfonction rotatoire du sacrum (torsion antérieure gauche sur axe oblique, par exemple) relève de la médecine manuelle et de la rééducation. L’articulation conserve son intégrité ligamentaire.
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L’instabilité structurale, en revanche, implique une lésion des ligaments sacro-iliaques postérieurs ou interosseux. Elle survient après un traumatisme pelvien, un accouchement difficile ou une chirurgie de déformation rachidienne étendue au sacrum. Le signe discriminant : une hypermobilité douloureuse reproductible aux tests de provocation (compression, distraction, thrust sacré, Gaenslen), associée à une imagerie parfois normale.
Quand l’imagerie standard (radiographie, IRM) ne montre ni fracture ni arthrose, les tests infiltratifs confirment l’origine sacro-iliaque de la douleur. Le principe consiste à injecter un anesthésique local sous guidage radiologique dans l’articulation. Si la douleur diminue significativement dans les minutes qui suivent, l’origine sacro-iliaque est validée.
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Infiltration sacro-iliaque : indications précises et limites du geste

L’infiltration articulaire sacro-iliaque associe un anesthésique local et un corticostéroïde. Elle vise deux objectifs : diagnostique (confirmer l’origine de la douleur) et thérapeutique (réduire l’inflammation intra-articulaire). Nous recommandons de ne l’envisager qu’après échec d’un traitement conservateur bien conduit associant antalgiques, anti-inflammatoires, kinésithérapie de stabilisation pelvienne et éventuellement ceinture sacro-iliaque.
Le geste se réalise sous guidage fluoroscopique ou échographique. L’aiguille est positionnée dans l’interligne articulaire, et le caractère intra-articulaire de l’injection doit être vérifié par opacification. Un rapport de l’Office of Inspector General américain (août 2024) a révélé que Medicare avait versé à tort environ 15,2 millions de dollars pour des injections sacro-iliaques ne respectant pas les critères requis, notamment l’absence de guidage par imagerie ou de documentation de résistance aux traitements conservateurs.
Ce constat illustre une dérive que nous observons aussi en pratique francophone : l’infiltration proposée trop tôt, sans bilan fonctionnel complet ni confirmation diagnostique rigoureuse.
Résultats attendus et répétition des infiltrations
Le soulagement après une infiltration de corticoïdes est variable. Une réponse positive franche (réduction de la douleur de plus de la moitié) oriente vers la poursuite du traitement conservateur et la rééducation. En cas de récidive à court terme, une deuxième infiltration peut être discutée.
Au-delà de deux infiltrations sans résultat durable, la question d’une dénervation par radiofréquence se pose. Cette technique détruit les rameaux nerveux sensitifs de l’articulation. Elle n’agit pas sur la cause mécanique, mais peut offrir un soulagement prolongé chez des patients répondeurs au test anesthésique.
Arthrodèse sacro-iliaque : critères d’éligibilité et restriction récente des indications
La chirurgie de fusion (arthrodèse) de l’articulation sacro-iliaque consiste à bloquer définitivement l’articulation par implants percutanés ou par voie ouverte. La fusion ouverte est réservée aux situations structurales avérées : fracture du bassin ou du sacrum, instabilité pelvienne majeure, tumeur sacrée, infection osseuse, ou intégration à une chirurgie de correction de déformation rachidienne.
La tendance actuelle est nette : les indications de fusion pour simple douleur chronique de la sacro-iliaque sans lésion structurale se restreignent. Les critères habituellement retenus pour envisager une arthrodèse percutanée sont les suivants :
- Douleur sacro-iliaque documentée depuis au moins six mois, résistante au traitement médical et à la rééducation
- Réponse positive (réduction franche de la douleur) à au moins deux infiltrations diagnostiques sous guidage par imagerie
- Échec ou effet transitoire de la dénervation par radiofréquence
- Retentissement fonctionnel majeur objectivé (scores validés de douleur et de handicap)
L’arthrodèse percutanée utilise des implants triangulaires ou cylindriques placés à travers l’articulation sous contrôle fluoroscopique. La mobilité perdue est minime, car l’articulation sacro-iliaque ne participe qu’à quelques degrés de mouvement en conditions normales. La perte de mobilité après arthrodèse sacro-iliaque est cliniquement négligeable pour la majorité des patients.

Arbre décisionnel : du diagnostic au geste interventionnel
L’erreur fréquente consiste à sauter des étapes. Un patient qui présente une douleur fessière unilatérale, aggravée en position assise prolongée et à la marche, avec des tests de provocation sacro-iliaque positifs, doit d’abord bénéficier d’un traitement conservateur structuré pendant plusieurs mois.
Si la douleur persiste, l’infiltration diagnostique sous imagerie devient l’étape pivot. Sa réponse détermine la suite :
- Réponse positive durable : poursuite de la rééducation, éventuellement infiltration thérapeutique de rappel
- Réponse positive transitoire (récidive rapide) : discussion d’une dénervation par radiofréquence
- Échec de la dénervation ou récidive après quelques mois : évaluation pour arthrodèse percutanée si les critères structurels et fonctionnels sont remplis
- Instabilité structurale avérée (fracture, post-traumatique) : arthrodèse d’emblée après bilan complet
Particularités post-partum et post-chirurgicales
Les douleurs sacro-iliaques du post-partum constituent un cas particulier. La laxité ligamentaire hormonale régresse habituellement dans les mois suivant l’accouchement. Nous observons que la grande majorité de ces tableaux se résout avec une rééducation pelvi-périnéale et un travail de stabilisation active. L’infiltration n’est envisagée qu’en cas de persistance au-delà de six à douze mois.
Après chirurgie rachidienne étendue au sacrum (fusion lombo-sacrée longue, correction de scoliose), le stress mécanique reporté sur la sacro-iliaque adjacente peut générer une douleur dite « de transition ». Ce tableau justifie une surveillance rapprochée et, le cas échéant, une prise en charge interventionnelle plus précoce que dans les formes dégénératives classiques.
La décision d’intervenir sur l’articulation sacro-iliaque repose sur un diagnostic rigoureux, une documentation précise de l’échec conservateur et une confirmation par test infiltratif sous imagerie. Sans cette séquence, le risque de geste inutile ou prématuré reste élevé.

